détachés du monde

légers sur un lit de brume

sommets enneigés

 

 

jusque dans les flaques

les nuages froids de l'aube

mais les amandiers

 

 

le long des collines

se rejoignent ici et là

les brumes et fumées

 

 

matin de givre

dans leur ronde pour grapiller

ah ! ces mésanges

 

 

un bleu de glace

en un léger tremblement

tout le ciel d'hiver

 

 

dans l'éclatement

du mauve des romarins

les jeunes abeilles

 

 

ce soir au couchant

comme arrêter par la ciel

le rose des neiges

 

 

le soleil brouillé

en catimini la pluie

pas même invitée

 

 

déjà éclatés

les bourgeons de l'amandier

l'hiver disparaît

 

avec les poissons

la lune joue au fond de l'eau

les feuilles de même

 

 

 

 

 

Obsédé par la légèreté de la forme brève du haïku depuis quarante ans, plus encore par la contrainte des modestes 5/7/5 pieds, réduction minimaliste, voie de l’instant, de l’instantané, art du voyageur et du marcheur par excellence. Le haïku en tant que ravissement soudain dans l’imprévisible, juste un tressaillement, l’expérience de l’instant, ou comment être à la traque du signe jusque-là invisible ou infime, une subjectivité objective du moment.

Pour cette série de 365 poèmes courts, écrite entre octobre 2009 et octobre 2010 et accompagnés d’autant de fragments de paysage à l’encre, j’ai voulu ajouter une contrainte aux contraintes classiques du haïku traditionnel. Ne pas marquer l’espace et le temps, tenter de trouver l’intemporalité dans le moment, rechercher cette part d’immortalité et d’invariant dans l’instant fuyant, un présent hors du temps.

 

 

 

 

le ciel plus que noir

la nuit percée d'étoiles

sans lune aucune